Les œuvres du programme limitatif de l'année 2026-2027 sont :
I. Documenter ou augmenter le réel
- ►Joseph Vernet , (1714-1789), "la ville et la rade de Toulon, deuxième vue, le port de Toulon, vue du mont Faron", 1756, huile sur toile, H : 165 cm, L : 263cm, Paris, musée du Louvre
- ►Andréas Gursky (1955-) "99 Cent, 1999, tirage : 5/6, photographie, épreuve couleur sous Diasec, épreuve chromogène, 206.5x337x5.8 cm (197x327 cm hors marge), Paris, Musée national d'art moderne (MNAM)
I. Documenter ou augmenter le réel
- ►Joseph Vernet , (1714-1789), "la ville et la rade de Toulon, deuxième vue, le port de Toulon, vue du mont Faron", 1756, huile sur toile, H : 165 cm, L : 263cm, Paris, musée du Louvre
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| Portrait de Joseph Vernet par Elisabeth Vigée Le Brun huile sur toile 92x72 musée du Louvre Paris. |
CLAUDE LORRAIN (né Claude Gellée) (Champagne, 1600 - Rome, 1682) : Vue fantastique d’un port au coucher du soleil, 1639, huile sur toile, 103 x 137 cm |
| Nicolas Poussin – Paysage avec Orphée et Eurydice (1650-1653) |
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| Joseph Vernet - L'entrée du port de Marseille (1754) |
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| Intérieur du port de Marseille, vu du pavillon de l'Horloge du Parc1754 |
« Comme c’est dans ce port que se fait le plus grand commerce du Levant et de l’Italie, l’auteur a enrichi ce tableau de figures de différentes nations des Echelles du Levant, de Barbarie, d’Afrique et autres. Il y a réuni ce qui peut caractériser un port marchand, et qui a un commerce très étendu. » (Livret du Salon de 1755)
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| Vue du golfe de Bandol : la Madrague ou la pêche au thon 1754 |
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| Vue du port de Toulon, le Port-Neuf pris a l'angle du Parc d'artillerie 1755 |
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| La ville et la rade de Toulon, deuxième vue, le port de Toulon vue du Mont Faron 1756 |
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| Troisième vue de Toulon : la vieille darse, prise du côté des magasins aux vivres 1756 |
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| Le Port d'Antibes en Provence, vu du côté de la terre 1756 |
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| Vue du port de Sète 1756 |
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| Vue d'une partie de port et de la ville de Bordeaux, prise du côté des Salinières 1756 |
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| 1ere vue de Bayonne, prise à mi-côte sur le Glacis de la Citadelle 1759 |
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| Deuxième vue de Bayonne, prise de l'allée des Boufflers, près de la porte de Mousserole1755 |
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| Vue du port de La Rochelle, prise de la petite Rive1762 |
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| Joseph Vernet, Vue du port de Rochefort, prise du magasin des Colonies.1750 |
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| Vue du port de Dieppe (1765) |
« L’auteur a regardé la pêche comme le caractère distinctif de ce port, et a orné le devant de ce tableau des divers poissons que l’on pêche dans ces parages, et des différents habillements des habitants. L’heure du jour est le matin. » (Livret du Salon de 1767)
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| Deuxieme vue du port de Bordeaux prise du château Trompette 1759 |
Les paysages de Vernet sont des paysages idéalisés et poétisés, côtiers, il s'inspire de la réalité pour la magnifier. il maîtrise parfaitement la dimension spatiale du paysage, c'est à dire que l'espace est coupé de la sorte : deux-tiers pour le ciel et un tiers pour la mer et le rivage. L'espace parait infini par la présence de la ligne d'horizon. La lumière est également très importante. Elle permet de varier les effets météorologiques d'un paysage, ou selon le moment de la journée. Il reprend le contre-jour du Lorrain. Il peint des scènes diurnes et nocturnes dans lesquelles l'espace et la lumière sont les éléments principaux de la composition, comme chez les peintres classiques. Mais ce qui le différencie de ce mouvement, c'est que les figures religieuses ou mythologiques présentes dans le classicisme sont remplacées par des scènes contemporaines de l'artiste telles que des travailleurs ou des personnages s'adonnant aux loisirs. Ainsi Vernet, par sa façon de peindre et par sa place dans la chronologie de l'histoire de l'art, se situe entre le classicisme et le néoclassicisme.
| "la ville et la rade de Toulon, deuxième vue, le port de Toulon, vue du mont Faron", 1756, huile sur toile, H : 165 cm, L : 263cm, Paris, musée du Louvre |
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| perspective avec deux points de fuite |
Exemple de paysage réaliste : Antoine Watteau "paysage fluvial" 1716
Exemple de paysage arcadien : Pierre-Henri de Valenciennes, L'Ancienne ville d'Agrigente (The Ancient Town of Agrigentum), 1787 |
Les italiens, quant à eux, développent une peinture de paysage urbain (les vedute) tels que Canaletto ci-dessous avec sa vue de Venise et sa composition structurée qui montre une grande maîtrise de la perspective.
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| Exemple de veduta : Le Grand Canal du palais Balbi au Rialto (vers 1723) Canaletto |
Les peintres français se libèrent des contraintes académiques, ils ne cherchent plus une représentation parfaite de la beauté mais une manière d'exprimer des sentiments, une forme de sensualité. Nous sommes en plein Rococo. Ainsi les scènes galantes voient le jour, elles représentent des rencontres entre personnages appartenant à l'élite de la société et évoluant dans des parcs, jardins, îles... Antoine Watteau en fut l'initiateur. Avec sa peinture il se détache de la présence de scènes mythologiques ou religieuses, il ne représente pas, comme Nicolas Poussin l'a fait, des personnages habillés à l'antique. Il représente des personnages de l'aristocratie française, richement vêtus et oisifs, représentant une certaine légèreté française.
- ►Andréas Gursky (1955-) "99 Cent", 1999, tirage : 5/6, photographie, épreuve couleur sous Diasec, épreuve chromogène, 206.5x337x5.8 cm (197x327 cm hors marge), Paris, Musée national d'art moderne (MNAM)
- 1. Qui est Andréas Gursky ?
Photographe allemand né en 1955, Andréas Gursky fait de très grands formats avec une définition et une précision extrêmes. Il fait partie du réalisme photographique, par ses choix de thèmes et de travail en série, il se rapproche (sans en faire partie) du pop art. Ses photographies contiennent une foule de détails qui saturent l'espace. Il y a l'idée de répétition, et ses photographies représentent le monde actuel. Ses photographies ne privilégient ni le premier plan, ni l'arrière plan. Il photographie la nature, les villes, des centres commerciaux, des foules. Il invente à travers ses photos un nouveau monde à partir d'éléments existants.
| Bernd And Hilla Becher - Water Towers, 1967-83. |
Andréas Gursky, quant à lui, est aussi dans l'idée du document photographique, mais il va utiliser la manipulation numérique, le montage photographique pour créer une nouvelle image à partir du réel.
| Andreas Gursky "1955 république démocratique allemande Mercedes? Rastatt 1993 |
| Prada I 1996 Andréas Gursky |
Au début des années 2000, Gursky agence ses montages photographiques tels que des kaléidoscopes avec des motifs répétés donnant un aspect vertigineux.
| Mark Rothko "n°6 violet, vert, rouge" 1951 huile sur toile 238.8x145.1 expressionnisme abstrait |
L’espace naturel est instrumentalisé par l'homme, qui se l'approprie, le modifie comme on peut le voir dans l’œuvre Les Mées de 2016, on y voit un paysage composé de collines douces dans le sud de la France, pratiquement recouvert entièrement de panneaux photovoltaïques qui font comme une seconde peau, un peu ironique. Le vert de la verdure est remplacé par le noir des panneaux solaires qui sont pourtant considérés comme de l'énergie verte. Seule la chaîne de montagnes en arrière-plan rappelle une carte postale idyllique passée. Est-ce une plaie pour la nature ou bien un pas nécessaire et bienvenu vers des sources d’énergies propres ? La photo interroge l'humain. Les photographies de Gursky sont monumentales, non pas seulement par leur format, mais également par la profusion de détails qui donne le vertige.
| Les Mées, 2016 |
2. L'œuvre au programme :
Andréas Gursky (voir vidéo)
| Andreas Gursky "99 cent" 1999 tirage : 5/6 photographie, épreuve couleur sous Diasec, épreuve chromogène 206.5x337x5.8 |
Dans cette œuvre nous pouvons voir une scène banale, celle dans un magasin avec des rayons qui proposent tout à 99 centimes. Tout est aligné, les couleurs sont en contraste et bien réparties, équilibrées. Au bout d'un certain temps on peut remarquer la présence de clients. L'objet est roi. Nous sommes face à une représentation de la société de consommation. Les lignes de composition sont principalement horizontales et verticales. L'espace est fragmenté par ces lignes. La perspective est présente mais peu visible. L'espace est saturé. le chiffre 99 cents est connu pour son pouvoir marketing. Il pousse à la consommation l'acheteur.
Il y a dans "99 cent" une vision à la fois macroscopique et microscopique. On est dans un all over. L'œil ne peut se reposer et ne peut tout voir. Il faut un certain temps pour observer l'image. L'image est presque abstraite. Le spectateur, face à cette dimension de 3,37 mètres de large est happé par ce déferlement de produits à vendre.
La prise de vue a eu lieu à Los Angeles dans un magasin. L'ensemble, avec ses couleurs saturées et ses répétitions de produits, semble artificiel. L'idée lui vient en conduisant à Los Angeles et passant devant une vitrine d'un magasin similaire.
L'œil est guidé par la présence de poteaux vers les affiches qui indiquent le prix. L'image semble encore plus réelle. En réalité il n'existe pas d'espace aussi grand, aussi saturé. Le travail de Gursky amplifie cette réalité. La présence discrète de l'humain donne une idée de l'échelle. Et l'ensemble semble pratiquement déshumanisé. C'est une métaphore de notre société de consommation. Celle qui écrase l'humain, envahit les espaces, totalement artificielle, sous une lumière électrique. La répétition du motif fait mal aux yeux. Le regard se perd vers l'arrière qui nous le renvoie au premier plan. Le plafond reflète la partie basse et renvoie l'image inversée, écrasant l'espace.
La vue panoramique, qui d'ordinaire est un cadrage réservé au paysage, est celle d'un supermarché. La nature n'est plus présente. Les produits sont par milliers. La vue est en plongée. L'infiniment grand se combine avec l'infiniment petit. Une forme de symétrie est présente.
La photographie chez Gursky n'est plus vouée à représenter un objet mais plutôt à être un espace de création. Cela peut expliquer pourquoi cette photo a été la deuxième photographie la plus chère du monde, vendue à 3.5 millions de dollars, juste après une autre photo du même artiste. Tirée à peu d'exemplaires (6) l'image est sacralisée. Ce qui est assez ironique par rapport à ce quelle représente : des produits bas de gamme à profusion.
Gursky fera en 2001 une seconde version : "diptyque 99 cent II"
| Andreas Gursky "diptyque 99 cent II" 207x337 |
| Markus Brunetti, Reims, Cathédrale Notre-Dame, 2013-2014. |
►Gregory Crewdson "est un photographe autant qu’un metteur en scène, il n’y a rien de réel dans ses images, il ne construit que des réalités fictives, et pour cela il n’hésite aucunement à s’entourer d’une équipe digne d’une production cinématographique, allant des décorateurs, aux costumières en passant par les techniciens lumière, les maquilleurs, les accessoiristes etc. La plupart des scènes d’intérieur de son œuvre sont des décors entièrement construits d’après ses story-boards. Pour les extérieurs, il parcourt des régions entières des États-Unis, parfois avec ses équipes de repérage, pour trouver le lieu idéal, celui qui sera au plus proche de ce qu’il a préalablement conçut dans son esprit. Enfin que ce soit en intérieur comme en extérieur, il n’y a pas de lumière naturelle dans ses photographies. Il ré-éclaire chaque scène et chaque détail selon sa vision. C’est un travail d’une précision absolue où le hasard n’a pas lieu d’être. C’est que Gregory Crewdson sait exactement ce qu’il veut raconter et comment". Valérie Servant
Gregory Crewdson - Untitled, Summer (Summer Rain) from the series « Beneath the Roses », 2004II. Expérience des espaces physiques et symboliques de l'œuvre►Louise BOURGEOIS (1911-2010) Maman, 1999 (fonte de 2001), bronze, marbre et acier inoxydable, 8,95 x 9,80 x 11,6 m, édition 2/6. Bilbao, musée Guggenheim Bilbao, Espagne.
" Quand mes parents m'ont demandé de remplacer Monsieur Gounod, cela a donné de la dignité à mon art. C'est tout ce que je demandais". Louise Bourgeois.
L'œuvre de Louise Bourgeois est inclassable. Elle parle de maternité, sexualité, famille, mémoire, autoportrait. Elle évoque les relations entre les êtres, l'amour et la frustration entre les gens. Elle interroge la place de la femme dans l'espace domestique ainsi que la porosité entre le masculin et le féminin. Elle utilise sa propre vie comme source d'inspiration. Elle connaîtra un succès tardif, bien qu'elle commence sa carrière d'artiste dans les années 40 à New York. Elle poursuivra sa démarche artistique en solitaire, le marché de l'art étant indifférent à son travail, mais cela lui permettra une grand liberté, sans contrainte. Mais délaisse les pinceaux pour le marbre, le plâtre, le bronze, le caoutchouc et le latex au début des années 50. Avec ses sculptures elle exorcise le mal du pays, et met ses émotions au centre de son art, considérant son travail comme thérapeutique. En 1982 à 71 ans), le MOMA de NY lui consacre une rétrospective. " Chaque jour il faut abandonner son passé ou l'accepter, et ensuite, si on ne peut l'accepter, on devient sculpteur. " Louise Bourgeois Louise Bourgeois " série ensemble de femmes-maisons" 1945 - 1947 d'inspiration surréaliste, rencontre inattendue de différents objets organiques et architecturaux. Le corps se transforme en architecture (foyer et sphère privée) . La maison est associée à la mémoire, au souvenir de l'enfance, lié à l'adultère de son père. Femme maison, 1994 Marbre blanc 11,4 x 31,1 x 6,6 cm « L’art est une garantie de santé mentale. » Louise Bourgeois ► Série Totems : Louise Bourgeois sculpte à partir des années 50 des figures longitudinales en bois qu'elle appelle personnages car sa famille et ses amis lui manquent, ces totems mis en scène ensemble permettent d'exorciser cette souffrance et lui tiennent compagnie. Son appartement à New York est trop petit, alors elle travaille sur le toit de son immeuble pour les fabriquer. Chaque bout de bois représente une personne qui lui manque en France ou qu'elle a rencontré à New York. Ces sculptures représentent des objets fétiches de tribus ou des grattes ciels. Louise Bourgeois, Spider Couple, 2003. Bronze, silver nitrate patina 228.6 x 360.7 x 365.8 cmLouisiana Museum of Modern Art, Humlebaek, Denmark. Acquired with support from Einer Torben-Hansen. Louise Bourgeois, Peaux De Lapins, Chiffons Ferrailles À Vendre, 2006. Steel, stainless steel, marble, wood, fabric, fur, and Plexiglas. 251.5 x 304.8 x 403.9 cm ► The Cells : les cellules (ci-dessus) forment un motif incontournable de l'œuvre de Louise Bourgeois. Installations fabriquées à partir d'objets trouvés, celles-ci reflètent la peur de l'artiste face aux espaces domestiques de son enfance, lieux de nombreuses trahisons, à commencer par celles de son père. Un père difficile, cruel et despote, qui a longtemps fait régner un climat de violence dans la maison d'enfance de l'artiste. Mais plus encore, c'est l'adultère du père qui traumatise Louise Bourgeois. Un adultère étalé sur une dizaine d'années avec Sadie, jeune institutrice embauchée pour apprendre l'anglais à la future plasticienne, qui vivait sous le toit de la famille Bourgeois. Intitulée Peaux De Lapins, Chiffons Ferrailles À Vendre, la cellule présentée dans le cadre de l'exposition Echo of the Morning du musée PoMo présente une série qui a pris de l'ampleur dans les dernières années avant la mort de l'artiste : celle des sacs suspendus comme des lambeaux de chair. Le plus souvent présentées dans des vitrines ou des cages, ces œuvres sont à l'image de la dualité qui parcourt le travail de Bourgeois. Douces en apparence, mais pourvues d'une inquiétante étrangeté. Sont-elles des nuages ? Des morceaux de corps humains ? Celui, par exemple, d'un père que l'on aurait mis en pièce ? source : article de Lolita Mang dans Vogue « Les objets qu’on trouve dans les Cellules sont fragiles. Le fait que, dans la plupart des cas, on ne puisse pas entrer dans les Cellules est dû à la fragilité de l’intérieur, ce qui pose un problème quand l’œuvre est présentée en public. Moi, j’aimerais que les gens puissent entrer dedans. » —Louise Bourgeois Louise Bourgeois a continué à travailler sur ses sculptures, peintures, dessins, estampes et performances pratiquement jusqu’à sa mort. Deux ans avant son décès, Bourgeois crée ainsi Cellule (La dernière montée) (2008), la dernière d’une série de Cellules qui jalonnent comme un leitmotiv son travail au cours des décennies finales de su longue trajectoire créative. Les Cellules sont une série d’installations créées à partir d’un ensemble d’objets trouvés, de sculptures réalisées par la propre artiste, de portes et d’autres structures architecturales que Bourgeois ramassait dans son voisinage. Ces installations sont peuplées de souvenirs de la vie privée de Bourgeois, comme les peurs qui la hantaient depuis son enfance. Pour l’artiste, le mot anglais cell avait de nombreuses connotations, puisqu’il sert à désigner aussi bien la plus petite unité biologique d’un organisme vivant que la cellule d’une prison ou d’un monastère . À la fin de l’année 2005, Bourgeois doit quitter son atelier de Brooklyn, où elle travaillait depuis 25 ans, en raison de la démolition de tout le pâté d’immeubles. Toutefois, avant de déménager, elle fait démonter l’escalier en colimaçon de son atelier afin de pouvoir le réutiliser à l’avenir. Cet escalier faisait en effet partie de sa vie : elle en avait commandé la fabrication dans les années 1980 et elle le montait et le descendait quotidiennement en travaillant sur ses œuvres. Avec l’escalier en vedette, Bourgeois a créé Cellule (La dernière montée). Dans cette pièce, l’escalier apparaît entouré d’une cage en grillage métallique grâce auquel se fondent l’intérieur et l’extérieur. Sur la paroi de la cage, une étroite porte voûtée reste ouverte et invite l’observateur à entrer. À l’intérieur de Cellule (La dernière montée), Bourgeois a placé une série d’objets chargés de signification symbolique. Par terre, deux grandes sphères en bois incarnent ses parents. Autour de l’escalier, plusieurs sphères de verre bleu ciel sembler s’élever jusqu’au ciel. Plus elles s’élèvent et plus elles grossissent, comme les bulles d’un liquide qui enflent au fur et à mesure qu’elles montent. Suspendue au centre, une longue larme de couleur bleue représente l’artiste. Cette larme est perforée d’aiguilles dont les fils se tendent vers les bobines placées autour de la cage en métal, symbolisant les liens qui l’unissaient à sa famille, propriétaire d’un atelier de restauration de tapisseries . Avec Cellule (La dernière montée), au crépuscule de sa vie, il semble que Bourgeois ait créé son installation la plus optimiste, dans laquelle elle laisse derrière elle sa peur de la mort et de l’enfermement, enfin en paix avec elle-même. Sources : Guggenheim-Bilbao.eus/fr Louise Bourgeois, Arch of Hysteria, 2004. Fabric. 12.7 x 51.4 x 22.9 cm► Le corps humain fascine Louise Bourgeois. Plus encore, le corps féminin – ses rondeurs, et sa formidable capacité d'adaptation, notamment face à la maternité. L'artiste franco-américaine s'applique à fabriquer des sculptures plus douces, arrivant ainsi vers une forme d'équilibre entre la tendresse et l'épouvante. La suspension est, pour elle, une manière de traduire la fragilité des corps qu'elle met en scène, qui sont, pour la plupart, des autoportraits, “parmi tant d'autres choses”, disait elle. Les sculptures peuvent alors tourner, pivoter, virevolter… sans jamais atteindre une quelconque stabilité. source : article de Lolita Mang dans Vogue ► la série Arc of Hysteria résulte directement de la psychanalyse suivie par l'artiste de 1951 et jusqu'aux années 1980. L'hystérie féminine est alors toujours considérée comme l'un des objets d'étude majeurs de Freud, qui s'intéressait notamment à ses effets physiques sur les corps de ses patientes. À savoir, la manière dont leurs corps se contorsionnent jusqu'à se cambrer. L'analyse freudienne cherche une explication du côté des traumatismes et des souvenirs refoulés. Bourgeois suit une piste similaire en s'intéressant aux éléments psychologiques et émotionnels qui se manifestent dans le corps, pour les transformer en sculpture. Arc de l'hystérie, 1993, bronze, patine polie. Collection the Easton Foundation New York ► Cocons Louise Bourgeois, Untitled, 2004. Installation view, Louise Bourgeois – Echo of the Morning, PoMo, Trondheim, 2026. Aluminium moulé. Louise Bourgeois n'a jamais été réellement acceptée parmi les Surréalistes, malgré son intérêt prononcé pour le mouvement et sa proximité avec la galerie Gradiva fondée par André Breton au 31 rue de Seine. Pourtant, elle peut en être rapprochée grâce à ses cocons, une série caractéristique de la dernière décennie de sa carrière. Du dessin à la sculpture, ces cocons ont été fabriqués à partir de matériaux divers, dont un aluminium moulé et poli. Des matériaux qui se font le reflet de ses émotions, entre l'effroi et le plaisir, et qui semblent inscrire l'artiste franco-américaine dans une mouvance presque abstraite, sur la fin de sa carrière, au cours des années 2000 – soit peu de temps après la création de sa première araignée. Mais là où ses immenses araignées faites de bronze prennent racine dans la terre, ses cocons en aluminium se suspendent dans les airs. De quoi créer une nouvelle relation entre les œuvres et leurs spectateurs, qui voient leur propre reflet dans les contours des suspensions de Louise Bourgeois, qui se balancent au-dessus de leurs têtes. source : article de Lolita Mang dans Vogue
Louise Bourgeois (1911-2010), Maman, 1999 (fonte de 2001), bronze, marbre et acier inoxydable, 8,95 x 9,80 x 11,6 m, édition 2/6. Bilbao, musée Guggenheim Bilbao, Espagne. La mère de Louise Bourgeois, restauratrice de tapisseries anciennes, et qui a donc par son métier tissé toute sa vie, sera un modèle central pour l'artiste. A sa mort, Louis Bourgeois tentera de se suicider, secourue par son père. Le souvenir de sa mère se cristallisera dans une première sculpture monumentale : Maman, commandée par le Tate Modern de Londres en 1999, inspirée par le mythe Arachné. Louise Bourgeois crée une araignée monumentale, non menaçante, amicale et protectrice. Il y en a plusieurs exemplaires exposés un peu partout dans le monde. Sous son abdomen un sac contient 26 oeufs en marbre. Les 8 pattes sont les seuls points de contact avec le sol, permettant aux spectateurs de passer dessous, ayant ainsi différents points de vue. L'œuvre s'inscrit dans l'histoire de la sculpture monumentale, à la mesure de l'architecture. Elle se rapproche de l'œuvre de Claes Oldenbourg. L'œuvre faisant partie de la série "spider" fait référence à la force de sa mère, c'est une métaphore du filage, tissage, des soins et protection. « L'araignée est une ode à ma mère. Elle était ma meilleure amie. Comme une araignée, ma mère était une tisserande. Ma famille était dans le métier de la restauration de tapisserie et ma mère avait la charge de l'atelier. Comme les araignées, ma mère était très intelligente. Les araignées sont des présences amicales qui dévorent les moustiques. Nous savons que les moustiques propagent les maladies et sont donc indésirables. Par conséquent, les araignées sont bénéfiques et protectrices, comme ma mère. » Louise Bourgeois. Il y a contradiction entre le titre "maman" qui évoque douceur, protection, tendresse, bienveillance, et la représentation de l'araignée en métal sombre, froid et dur, tortueux. La hauteur gigantesque s'oppose également à la figure traditionnelle de la mère. L'imaginaire collectif ne porte pas dans son cœur l'image de l'araignée qui peut être perçue comme repoussante, monstrueuse. L'œuvre est à la fois séduisante et menaçante. Les pattes semblent être des arcs gothiques, comme une cage. A Bilbao l'araignée de Louise Bourgeois rentre en dialogue avec l'architecture du musée et ses matériaux métalliques. Elle se situe devant le parvis, au début du chemin de béton. La grandeur de l'araignée donne de la puissance. Les œufs évoquent la maternité, la procréation et la continuité de la vie. Louise Bourgeois offre ainsi une immersion au spectateur. Une expérience d'un espace particulier ouvert mais psychologiquement étrange. La mère semble majestueuse, puissante et robuste, résistante à tout, protectrice et menaçante. A la fois lourde et légère, imposante, se distinguant de l'ensemble. Ses formes noueuses s'opposent à l'architecture froide et pourtant organique de l'architecte Franck Gehry. Non loin, une autre sculpture d'animal est postée à l'entrée du musée de Bilbao, le célèbre "Puppy" de Jeff Koons, l'antithèse de "Maman", une forme de chien géant (12 m de haut) fait d'une multitude de fleurs variant selon les saisons. Louise Bourgeois, planche 8 sur 9 du livre illustré Ode à Ma Mère, 1995. Le Musée d’Art Moderne, New York Ci-après l'article que l'on trouve sur le site du Guggenheim de Bilbao : Maman | Musée Guggenheim Bilbao : "Tout au long d'une carrière de près de soixante-dix ans, Louise Bourgeois a créé un corpus d'œuvres riche et toujours innovateur, en côtoyant certains des principaux mouvements d'avant-garde du XXe siècle, comme le surréalisme, l'expressionnisme abstrait et le post-minimalisme, sans renoncer à sa propre vision créative. Bien que la peinture, le dessin, la gravure et la performance aient aussi leur place dans l'œuvre de Bourgeois, l'artiste est surtout connue pour ses sculptures, qu'elles soient intimes ou monumentales, dans lesquelles elle emploie diverses matières comme le bois, le bronze, le latex, le marbre et le tissu. Son œuvre est très personnelle, avec de fréquentes références à une enfance douloureuse marquée par un père infidèle et une mère affectueuse mais complice de la situation, et en même temps universelle, puisqu'elle affronte le défi aigre-doux d'être un humain. Maman, de près de 9 mètres de hauteur, est l'une des sculptures les plus ambitieuses de Bourgeois ; elle appartient à une série qui s'inspire de l'araignée, un motif qui apparut pour la première fois dans plusieurs dessins réalisés par l'artiste dans les années 1940 et qui occupa une place centrale dans son œuvre dans les années 1990. Les araignées, que Bourgeois présente comme un hommage à sa mère, qui était tisseuse, mettent en évidence la duplicité de la maternité : la mère est à la fois protectrice et déprédatrice. L'araignée utilise la soie pour fabriquer le cocon mais aussi pour capturer sa proie ; la maternité incarne ainsi force et fragilité. Ces ambigüités se reflètent avec intensité dans cette Maman gigantesque, abominablement soutenue par des pattes évoquant des arcs gothiques et fonctionnant en même temps comme une cage, un terrier protégeant un sac rempli d'œufs adhérant dangereusement à son abdomen. L'araignée provoque peur et panique mais sa hauteur imposante, en équilibre surprenant sur des pattes légères, transmet une vulnérabilité presque émouvante." Ici une vidéo qui permet de comprendre comment est montée l'araignée : Pour construire son araignée, Louise Bourgeois commence par réaliser de nombreux dessins et esquisses. Puis elle passe par la maquette en fil métallique, plâtre ou autres matériaux à modeler pour affiner la posture. Pour les sculptures monumentales la maquette est agrandie à l'aide de plans précis. C'est à partir de plaques d'acier soudées ensemble que les pattes sont créées. Chaque patte est conçue séparément pour garantir sa solidité. L'araignée est conçue ensuite en bronze, pièce par pièce, ces dernières sont ensuite soudées, poncées et patinées. Les plus anciennes représentations d'araignées datent de 1947 mais c'est dans les années 1990 qu'elle s'est concentrée sur ce sujet. Après la première version en acier présentée à la Tate, une série de six moulages en bronze fut réalisée. Il existe 11 versions en tout avec celles en acier. Dans notre région nous avons au château La Coste une araignée de Louise Bourgeois qui rentre en relation avec le plan d'eau de l'architecture de Tadao Ando qui agit comme un miroir, créant une symétrie esthétique. "Spider" dialogue avec l'espace, qu'il soit extérieur ou intérieur, la perception en est différente selon si le spectateur peut faire l'expérience physique de l'espace ou pas. Au château Lacoste elle entre en symbiose avec la météo, ce qui n'est pas le cas lorsqu'elle est dans un white cube. La sculpture de Louise Bourgeois au château La Coste3. Quelques autres œuvres en référence : "Treize soutiens-gorge" Annette Messager 2025 exposé au musée de la chasse à Paris. A partir de 13 soutiens-gorge, Annette Messager forme une araignée menaçante et sensuelle à partir d'objets intimes et féminins. L'artiste explore les arts textiles, traditionnellement réservés aux femmes, détourne leur usage pour en faire une oeuvre féministe. Ici l'araignée produit le fil pour en faire une toile, qui devient piège. Qui devient la victime ? C'est une performance basée sur l'enfermement durant 13 jours de l'artiste à l'intérieur d'un ours empaillé et aménagé pour ce long séjour au musée de la chasse à Paris. L'ours naturalisé a été modifié avec une structure en bois capable d'accueillir le poids de l'artiste et équipé d'une réserve d'eau de 30 litres dans laquelle l'artiste peut puiser. Il y a l'électricité, une ventilation, une évacuation sanitaire passant dans une des jambe. L'artiste évoque le cheval de Troie et Ulysse. Aucun ravitaillement n'est prévu, les repas déshydratés ressemblent le plus à ceux de l'ours : champignons, graines, insectes, poisson. Une bouilloire est présente pour les réchauffer. Poincheval est installé sur le dos et pour entretenir ses muscles, il fait deux heures par jour des exercices de respiration et de mouvements avec des cordes accrochées. " En restant statique, l'univers se déploie d'une étrange façon. C'est difficile au début, les deux ou trois premiers jours. Il faut se concentrer, ne pas partir à la dérive" explique l'artiste. "je me rapproche de la pratique méditative des ermites, c'est quelque chose de très fort". Cette pratique de l'enfermement lui permet de se soustraire au rythme infernal de notre société, de se déconnecter du monde extérieur et de se caler sur son propre rythme biologique, en se détachant du chronomètre. L'artiste a de la lecture. La performance est relayée par deux caméras, l'une à l'intérieur (l'artiste peut la couper si nécessaire) et l'autre dans la salle. La transmission 24h/24 sur le site du musée permet de voir l'artiste et les spectateurs déambuler en parallèle. Ces derniers peuvent observer l'intérieur de l'animal à l'aide d'une œilleton dissimulé. Ils peuvent également discuter avec l'artiste ou lui faire la lecteur. Un fauteuil est installé devant la tête de l'ours. Lire l'article du monde Abraham Poincheval, (Dans) la peau de l’ours Vue de la performance Ours (habitacle fermé et ouvert) au Musée de la chasse et de la nature, Paris (2014)"La couvée" Nils Udo 2028 fondation Carmignac à Porquerolles. Lit de gravier de 8 m de diamètre, 5 œufs géants en marbre de Carrare de 2 m de longueur. œuvre du Land art. Nils Udo, artiste allemand, n'a de cesse de sculpter la nature. Son œuvre "la Couvée" est une sculpture réalisée pour le parc de la Fondation Carmignac. Cachés dans la forêt, les œufs sculptés dans un matériau noble - le marbre de Carrare, une référence pour les sculptures italiennes- attendent que le spectateur les découvre lors de sa visite du parc de sculptures. Le spectateur peut alors s'engouffrer entre les œufs, caresser le marbre, avoir l'impression d'être à son tour un oisillon dans son nid. L'échelle des œufs interroge la place du spectateur qui se sent tout petit. Le lieu est calme et silencieux, au milieu de la nature, Nils Udo a fait d'autres nids surdimensionnés et photographiés, mais ici le spectateur peut en faire physiquement l'expérience, tout comme dans l'œuvre "Maman" de Louise Bourgeois. Pourquoi un nid ? Pourquoi des œufs ? C'est parce que c'est ici que tout commence. C'est une forme de matrice, de refuge. Ici il est en adéquation avec la nature. Il interagit avec le paysage. Ici cette œuvre est à la fois un groupe de sculptures, et à la fois une photographie, la sculpture devenant le modèle visible de la photographie. Nils Udo est un des principaux représentants du Land Art européen. 1. Qui est Jean Bologne ? Jean Bologne ou Jean de Bologne ou encore Giambologna est un sculpteur maniériste flamand (Pays Bas des Hasbourg d'Autriche né en 1529 et mort à Florence en 1608. Il étudie l'architecture et la sculpture à Mons (Belgique auprès de l'architecte sculpteur Jacques Du Broeucq (voir ci-dessous) puis se rendra à Rome entre 1555 et 1557 pour y étudier les sculptures antiques et les œuvres de Michel Ange qui l'influenceront fortement dans le traitement des groupes de deux ou trois figures. Par la suite il s'installe à Florence et va bénéficier de la protection de François 1er de Médicis, grand duc de Toscane. Il participe à un concours en 1560 pour la "fontaine de Neptune" de la Piazza della Signoria mais il ne sera pas sélectionné. En revanche quelques années plus tard il réussira à y ériger deux sculptures : "l'enlèvement des Sabines" en marbre et "la statue équestre de Cosme 1er" juste à côté de la fontaine. Jean de Bologne s'est imposé comme étant le plus célèbre sculpteur maniériste d'Europe, il est devenu le trait d'union dans la sculpture entre Michel Ange et Le Bernin. |

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